CINE : LE GRAND VOYAGE D’IBN BATTÛTA
Difficile de cerner ce film. Documentaire simpliste? Apologie de l’Islam? Démonstration technologique ? Probablement un peu tout ça à la fois. Prenant comme point de départ l’histoire aussi incroyable que peu connue d’Ibn Battuta (prononcez « Ibène »), ce Grand Voyage nous invite à le suivre dans son périple vers la Mecque. Inutile de se soucier de l’histoire puisque clairement, ce n’est pas là que repose l’intérêt de la chose (aucun suspense, tout finira bien). Et heureusement pour nous.

LE GRAND VOYAGE D'IBN BATTÛTA, DE TANGER A LA MECQUE
Un documentaire de Bruce Neibour
Avec Chems Eddine Zinoun, Hassam Ghancy, Nadim Sawalha, Nabil Elouahabi
Durée : 0h40

LE GRAND VOYAGE D'IBN BATTÛTA, DE TANGER A LA MECQUE de bruce neibour
1325, Maroc. Lorsqu’il décide de partir en pèlerinage vers la Mecque, le jeune Ibn Battuta ne se doute pas qu’il ne rentrera chez lui que 29 ans plus tard après avoir traversé une grande partie du monde, de l’Espagne à l’Asie en passant par l’Afrique de l’Ouest. 120 000 kilomètres parcourus, soit beaucoup plus que le célèbre Marco Polo. Et pourtant, Ibn Battuta est beaucoup plus confidentiel. Ce Grand Voyage se concentre sur le premier défi d’Ibn Battuta qui, pendant une année, affrontera le désert, la fatigue et la solitude pour arriver à la Mecque, centre historique et culturel de l’Islam. Une immersion dans 1000 m² d’écran pour se plonger dans ce fabuleux périple.
Entre le départ de la ville natale et l’affrontement des méchants brigands du désert, tout sonne faux et chaque moment est expédié si rapidement que le spectateur se retrouve contraint de rester totalement détaché de ce qui défile tout autour de lui. Impossible de croire un seul moment à l’histoire, alors que l’aspect humain du voyage est passionnant. Pourquoi ne pas avoir tenté de cerner les raisons qui ont poussé ce jeune homme de 21 ans à tout quitter ? Et pourquoi ne pas avoir creusé les failles d’un tel voyage, que ce soit la solitude ou la peur ? Rien n’est exploité, et c’est dommage. Tout reste tristement superficiel et naïf (voir l’amitié entre le héros et le chef des brigands), et chaque scène ressemble à une vitrine de grand magasin : costumes basiques, dialogues horriblement clichés, voix-off explicative, musique sans envergure, mise en scène plate. Sauf lorsqu’il s’agit de survoler de grandes plaines désertiques pour retrouver son héros : là, la caméra s’envole et donne un sentiment assez inédit dans une salle de cinéma. Le spectateur oublie presque qu’il est assis à la Géode et, s’il est bien placé, évite facilement de penser au limites de l’écran hémisphérique. Et c’est là que l’on comprend le pourquoi de ce documentaire : la prouesse technologique.

LE GRAND VOYAGE D'IBN BATTÛTA, DE TANGER A LA MECQUE de bruce neibour
Le synopsis officiel lui-même ne peut s’empêcher de parler des 1000m² d’écran puisque c’est là que repose tout l’intérêt du Grand Voyage d’Ibn Battuta. L’immersion unique dans des paysages grandioses, l’impression de voler tel un aigle au-dessus des dunes. Et pourtant, même là, impossible de ne pas se dire que tout aurait pu être beaucoup plus impressionnant si le réalisateur s’était réellement attaché à ce parti pris. Au lieu de cela, le film jongle sans cesse entre une caméra aérienne et des scènes très maladroites. Cette version Disney du Coran manque cruellement de point de vue et d’ambition, ce qui rend le film rarement plus excitant qu’une page de livre d’Histoire. Sauf peut-être dans une dernière partie qui, dès l’arrivée de son personnage à la Mecque, abandonne la paresseuse et ridicule reconstitution pour simplement assister à ces quelques jours exceptionnels où des milliers de personnes n’hésitent pas à tourner en rond pendant des heures ou à jeter des pierres sur un immense monument pour rejeter le Mal. Ce sont sûrement les images les plus impressionnantes de ce documentaire qui en fait beaucoup trop pour si peu.
Geoffrey Crété
Dvdrama.com












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